Interview de Christophe Villain, fondateur de « Le temps des Glucides ».

Christophe Villain et Emmanuelle Auras

Christophe Villain et Emmanuelle Auras

 


Bonjour Christophe Villain, pourriez-vous vous présenter à mes lecteurs qui ne vous connaissent pas encore ?

Je viens de créer « Le temps des glucides », une entreprise qui propose des applications mobiles, des formules souples de coaching en ligne par abonnement, des formations à distance ou en présentiel autour de l’apprentissage des glucides pour les personnes diabétiques et leurs soignants. Notre application calculateur de glucides sort sur Apple Store et Google Play début juin.

J’ai une formation d’informaticien spécialiste des systèmes d’information et des télécommunications en industrie. Jusqu’ici j’ai exercé mon métier dans différentes entreprises et depuis 2000, au sein du groupe EDF, cette année encore à mi-temps et en congé de création d’entreprise à l’automne 2014. J’ai une expérience également dans le domaine de la création. J’ai 45 ans, deux enfants dont un de 10 ans, diabétique de type 1 depuis ses 2 ans. Nous sommes deux dans le projet, la co-pilote est mon épouse, Emmanuelle Auras, docteur en sociologie, directrice du service de formation continue de l’Université de Poitiers. Elle  est spécialisée dans la sociologie de l’éducation et de la formation.


Comment est née le projet « Le temps des glucides » ?

Tout naturellement : quand le diabète de Paul s’est déclaré, nous avons  décidé de vivre au mieux cette maladie et lui donner les meilleures conditions pour l’accepter. Nous nous sommes formés à une méthode avancée de gestion du diabète, l’insulinothérapie fonctionnelle pour qu’il garde une liberté alimentaire raisonnée et de bons résultats médicaux. Le diabète est une maladie chronique très contraignante. Pour préserver notre activité professionnelle, nous avons  imaginé des moyens de nous  faciliter la vie : nous avons inventé une méthode de gérer les glucides et un outil de calcul sur un PDA à l’époque. Au fil du temps nous avons rencontré des personnes diabétiques et nous avons pris conscience qu’une partie de ces malades souffre de difficultés dans la gestion au long cours de la partie alimentaire de la maladie. Nous avons toujours partagé notre méthode avec d’autres diabétiques mais nous avons pris conscience de l’ampleur des besoins ! J’ai alors eu l’idée de me lancer dans la création d’activité pour transférer la méthode sur une application mobile, et nous avons tout de suite compris qu’il fallait aussi utiliser ce qu’on sait faire (technologies numériques et pédagogie) pour imaginer des systèmes de e-learning originaux pour former les personnes. Le projet a été sélectionné par l’incubateur ETINCEL et je suis hébergé en pépinière d’entreprise, le CEI (Centre d’entreprises et d’innovation) au Futuroscope.


Pourriez-vous rappeler à nos lecteurs ce qu’est le Diabète ?

Le diabète est une maladie qui touche le pancréas, dans sa capacité à produire de l’insuline. Pour rappel, on peut dire que l’insuline  permet aux cellules de l’organisme d’utiliser le glucose, sa source d’énergie. Quand nous consommons des glucides, notre pancréas produit de l’insuline, sans quoi ce sucre circule inutilement dans l’organisme et provoque différentes sortes de lésions, pendant que le corps s’affaiblit. L’insuline sert donc à gérer le taux de sucre de notre sang.

Deux types principaux de diabète : le diabète de type 1, celui de notre fils, dit insulinodépendant. Le pancréas ne produit plus du tout d’insuline et c’est irréversible. L’insuline doit donc être administrée par l’extérieur, sous forme d’injections ou par  pompe à insuline. La personne surveille son taux de sucre dans le sang régulièrement, pour réguler les hypo ou hyperglycémies. Le diabétique doit connaitre précisément la quantité de glucides qu’il ingère pour calculer la dose d’insuline.

Le diabète de type 2 est un affaiblissement de la fonction insulinique, le pancréas fonctionne irrégulièrement. Ce diabète est traité par médicaments, prescriptions liées au mode de vie et parfois par insuline injectée. La personne doit surveiller son taux de sucre, doit surveiller son régime alimentaire et gérer sa prise de glucides.

Il faut tout le temps chercher un équilibre qui reste instable, entre les hypoglycémies (pas assez de sucre) qui entrainent des malaises, et les hyperglycémies (trop de sucre) qui entrainent à long terme les complications du diabète : cécité, amputations, dialyse etc. Une partie du traitement tient dans la consommation des glucides : à chaque fois que nous consommons des glucides, notre organisme les évalue et secrète la dose correspondant d’insuline. Le diabétique doit compter précisément les grammes de glucides de ses repas, pour s’injecter la bonne dose d’insuline. Et les glucides on les trouve dans beaucoup d’aliments (pains, farineux, féculents, desserts, fruits etc..) et en proportion différents (20% dans les féculents, par exemple). Vous imaginez le casse-tête pour mémoriser et compter tout cela à chaque repas ?

Quelles solutions préconisez-vous justement pour éviter les risques de Diabète ?

Nous ne sommes pas médecins, notre apport vient compléter les prescriptions médicales et les stages d’éducation thérapeutique. Beaucoup d’équipes médicales, de diététiciens proposent des outils, des formations, mais nos approches sortent justement du milieu « hospitalier » et peuvent répondre à une demande. Nous nous intéressons à deux volets de la maladie : une manière de gagner du temps en apprenant vite à  compter les glucides et des solutions pour s’organiser au quotidien, garder la motivation toute sa vie pour bien se soigner.

Nous pensons que si déjà les diabétiques savaient précisément repérer les aliments contenant des glucides, si on leur donnait des moyens simples de mémoriser leurs proportions, des pense bête intelligents, pas trop compliqués, si on leur fournissait des solutions modernes pour les noter et les compter… déjà on s’approcherait d’une bonne gestion glycémique.

Nous conseillons une chose : même si on se sent assommé par la maladie, il faut faire l’effort de bien se former aux glucides et à la nutrition, pour ensuite se libérer l’esprit et être autonome. Comme pour conduire ! Au début, il faut apprendre avec l’auto-école, et ensuite on conduit automatiquement sans vraiment penser à tous les gestes que l’ont fait ! Il ne faut pas avoir peur d’apprendre, de compter, ou pour ceux qui l’acceptent de peser les aliments : on ne doit pas le vivre comme une contrainte, mais au contraire c’est pour être plus libres et vivre sa vie ! Et puis les diabétiques ne sont pas les seuls à calculer ce qu’ils mangent : beaucoup de sportifs le font aussi !

Que ce soit pour la prévention, la gestion du diabète de type 1 ou type 2, (plus de 3 millions en France), il y a de la place pour des solutions de conseil et d’accompagnement individuels, en parallèle des appuis médicaux. Chaque personne est différente, il faut proposer  des démarches personnalisées qui répondent aux besoins des usagers, juste au moment où ils se présentent, sans les noyer d’informations.

Comment s’est déroulée la mise au point de vos applications ?

Nous avons travaillé sur une synthèse de la quasi-totalité des manières de compter les glucides en faisant beaucoup de recherches et en observant les pratiques des malades. (on compte à la cuiller, en pesant et en connaissant le % de glucides, à l’œil, en lisant les étiquettes etc…). Nous avons cherché à simplifier aussi les connaissances sur les glucides : au début on se noie, mais en fait il faut vite aller à l’essentiel, reconnaitre les grandes catégories d’aliments. J’ai transféré ça sur un petit programme, pour notre fils, au départ, pour que les fonctionnalités collent exactement à nos routines, nos mécanismes et éviter de perdre du temps. J’ai réalisé un cahier des charges,  à la fois technique et pédagogique pour  un développeur formidable, l’entreprise Einden Studio, à Châtellerault dans la Vienne. Le développeur est très inventif et a parfaitement compris ce qu’on voulait. Il a observé aussi Paul pendant un repas. Une graphiste a travaillé sur un design à la fois épuré et gai ! Comme son logo : nous voulons une image positive pour motiver les diabétiques !

Nous l’avons installée sur Apple et Androïd, et deux groupes de diabétiques l’ont testée. Elle sera commercialisée en juin 2014. Elle renverra sur notre site, sur lequel nous préparons un didacticiel donnant les grandes lignes du calcul des glucides.

Nous l’avons conçue comme un « jeu de construction » : nous proposons des lignes, des fonctions, des entrées variées, mais tout est paramétrable, on peut tout changer, ajouter, modifier l’ordre des lignes. Chacun doit se construite « sa » propre appli. Elle est différente des autres appli du marché (et tant mieux ! chacun doit trouver la sienne) car elle ne contient pas de grande base de données, à notre avis, ce n’est pas gérable au long cours.

Nous souhaitons connecter  l’appli avec des objets  pour faciliter encore plus le quotidien, et proposer des déclinaisons pour les enfants, mais c’est encore tôt pour en parler.

Sur le site nous proposons aussi un coaching individuel par mail et des formations légères, par abonnement mensuel, Emmanuelle s’appuie sur les connaissances en cognition et fonctionnement de la mémoire pour les construire.

Vous venez de remporter le 1er concours en e-nutrition, que ressentez-vous après cette consécration ?

J’ai été très surpris ! nous étions plus proches du monde de la santé et des communautés de patients et nous n’avions pas conscience que ce projet pouvait toucher les professionnels de la nutrition. Nous sommes très heureux, nous le vivons comme un vrai coup d’accélérateur. En dehors du prix en numéraire, qui nous aide  à aller plus vite, l’adhésion au pôle de compétitivité Vitagora nous ouvre d’incroyables opportunités, de nouveaux partenariats en recherche, industrie, les conseils de l’incubateur PREMCIE etc. En discutant avec les acteurs de Vitagora, nous nous sentons tout à fait sur la même longueur d’onde : associer le plaisir, la nutrition, la santé. La communication faite autour du concours nous aide beaucoup, nous le vérifions chaque jour sur la fréquentation du blog et l’animation de nos réseaux sociaux ! Nous voyons s’ouvrir devant nous le champ des possibles : en travaillant avec les professionnels de l’alimentation, nous pouvons démultiplier le service rendu aux personnes diabétiques, et les industriels que nous rencontrons ont déjà beaucoup d’idées dans ce domaine : c’est très stimulant pour nous.

Pour conclure Monsieur Villain, quel serait votre mot de la fin à nos lecteurs ?

Le message est celui-là : la maladie, coup dur dans la vie, peut parfois être transcendée lorsqu’on va chercher dans ses propres ressources pour bien vivre son quotidien de malade. La maladie devient une force. Nous pouvons dire aussi que nous puisons dans l’énergie du collectif : avant tout la communauté numérique des diabétiques qui nous soutient, les médecins qui croient en notre innovation, les partenaires et accompagnateurs qui  avancent avec nous. Nous avons envie d’aller plus vite et plus loin, surtout pour la partie e-learning, mobil Learning, que nous souhaitons très innovante et nous cherchons actuellement des partenaires financiers intéressés par ce projet.

Propos recueillis par Laurent Amar

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